Quel matériel pour la photographie d’architecture intérieure et extérieure ?

Ce qui fait une bonne photographie, c’est avant tout l’œil et le regard du photographe. Un petit tour sur Instagram suffit pour voir les images magnifiques de photographes pros ou amateurs, prises et retouchées avec un simple téléphone.

Dans cet article, c’est en tant que photographe professionnel que je partage avec vous mes connaissances. Répondre à des commandes clients implique certaines contraintes… et donc un matériel adéquat.

  • Pouvoir utiliser les images pour des tirages photo de qualité,
  • de la prise de vue intérieure avec peu de lumière naturelle,
  • une intervention efficace,
  • des images fidèles à la réalité

sont des situations et demandes classiques de mes clients architectes, designers, hôteliers et magazines de décoration. Voici mes conseils professionnels pour choisir au mieux votre matériel ainsi que les appareils adaptés.

Le boîtier

Vous pouvez utiliser n’importe quel boîtier pro ou semi-pro et installer dessus la plupart des objectifs dont vous pourriez avoir besoin. Les différences entre les modèles portent principalement sur le confort d’utilisation, la qualité d’image et seront un gain de temps pour vos reportages :

  • Le capteur et le nombre de pixels
    Tous les boîtiers pro possèdent un capteur plein format : 24×36. Comparés au APS-C (semi-pro 23,5×15,5), le plein format est de meilleure qualité et plus performant en basse lumière. Associé à un nombre de pixels conséquent, il vous donne la possibilité d’imprimer vos images ou celles de vos clients. Vous pourrez également recadrer vos photos en gardant un fichier haute définition. Attention à la conversion des focales avec un APS-C : un 50 mm en plein format donnera finalement un 75 mm.
  • Une plage dynamique plus ou moins élevée
    Il s’agit du rapport entre les parties les plus claires et les plus foncées d’une image. C’est ce qui vous permet, sur votre logiciel de développement, de récupérer des informations (détails) sur une photo sous-exposée ou surexposée par exemple. Ce qui peut être très utile pour de la prise de vue sans trépied ou pour des contrastes de lumière élevés.
  • La sensibilité ISO
    Si vous êtes comme moi, vous aimez sortir avant le lever du soleil pour capturer les différentes lumières que vous offre cet instant. Avec un ISO élevé, vous obtiendrez une image de qualité sans forcément utiliser de pied.
  • Les modes préenregistrés ou le niveau intégré sont des options qui peuvent aussi devenir un critère de choix.

Ce sont quelques exemples, c’est à vous de voir ce qui est important pour vous, en fonction de l’utilisation que vous allez en faire. Un boîtier de secours peut d’ailleurs s’avérer très utile. Certains reportages demandent une programmation et une organisation telles qu’il serait compliqué de les reporter !

Les objectifs

Je vous donne une base de modèles indispensables à la réalisation de photographies d’architectures. Pour le reste, faites selon vos besoins et votre regard.

  • Un incontournable : le 16-35mm.
    C’est un objectif photographique très pratique pour la photo d’intérieurs. Il permet une prise de vue grand-angle pour les espaces exigus et va jusqu’au 35 mm pour capturer certaines scènes ou ambiances, en passant par du 24 mm, plus classique, pour mettre en valeur un espace dans toute sa profondeur.
    Je l’utilise également en architecture extérieure : lorsque je me situe proche des bâtiments à photographier, je peux donner une impression de grandeur. Cela permet de jouer avec les perspectives.
  • Le grand classique : Le 24-70mm.
    Je le possède en ouverture 2.8 pour plus de polyvalence (il existe en f.4).
    C’est un peu l’objectif qui rapproche les différentes spécialités photographiques. Il peut être utilisé en photographie d’architecture, que ce soit pour des espaces, pour de la photo de détail comme les focus matières, ou pour des créations plus abstraites. Il est très connu aussi de nos amis photographes de mariage (en 2.8 obligatoirement), un domaine aux styles photographiques variés : portraits, groupes, architecture, détails, sans oublier le culinaire (un très bon exercice pour apprendre la photographie). Cet objectif est utile également en photographie d’architecture extérieure, pour isoler un bâtiment par exemple.
  • L’irremplaçable : Le 24 mm à décentrement (TILT/SHIFT).
    Chez Canon il existe en 17 mm, en 50 mm, en 90 mm et en 135 mm. Certains photographes professionnels n’utilisent que ça ! Ce que je peux comprendre : grâce au décentrement, vous n’avez ni déformation, distorsion et ni perte de matière en redressant les perspectives en post-prod. Très utile pour répondre à certaines demandes de reportages. Toutefois, cela reste un investissement : on les trouve entre 1 800 € et 2 300 € neufs, chez Canon et Nikon.
    En tant que photographe d’architecture intérieure et extérieure, le 24 mm et le 17 mm sont à mon sens les plus importants. En extérieur, ils permettent de photographier un bâtiment dans son intégralité sans avoir trop de recul et en gardant les lignes verticales parallèles. En intérieur, on peut décentrer le cadrage de gauche à droite ou de haut en bas en gardant les mêmes perspectives, et ce sans utiliser de logiciel.
    Cet objectif permet encore bien d’autres possibilités, mais je m’en tiendrai à celles-ci pour cet article.
  • Mon coup de cœur : Le 70-200mm.
    C’est un objectif adapté à mon regard. J’ai toujours tendance à vouloir cadrer une toute petite partie du tableau qui se trouve devant moi et je préfère prendre de la distance avec mes sujets. Il permet de rapprocher les plans. En photographie d’architecture, je réalise des prises de vue plus créatives.

En reportages photo d’intérieurs, je suis toujours accompagné de mon 16-35mm et mon 24-70mm. En architecture extérieure je garde le 16-35mm accompagné du 70-200mm et du 24 mm à décentrement.

Et pour la réalisation d’images en communications d’hôtels, je les prends tous !

Le trépied

Je possède deux trépieds.

Le premier est plutôt grand et lourd, je l’utilise pour mes commandes clients. Il s’agit du Manfrotto 055 qui offre une multitude de positions avec sa colonne centrale inclinable, une hauteur jusqu’à 1m70 et un maximum de stabilité grâce à sa composition en carbone.

Pour mes escapades et circuits architecturaux, je prends avec moi un trépied plutôt léger en aluminium pour tenir toute la journée.

La rotule

Le type de rotule a son importance selon votre domaine d’activité. En architecture, je conseille vivement un modèle avec graduation et poignées micrométriques. En photographie d’architecture intérieure et extérieure, le plus souvent et notamment avec les perspectives frontales, les lignes doivent être parfaitement parallèles. Associée au niveau intégré du boîtier, la rotule permet d’obtenir un cadrage avec précision ! Actuellement, je possède le modèle XPRO 3D Pan/Tilt.

Connexion

Boîtier de contrôle Camranger + iPad

Je me souviendrai toujours de mon premier stage en photographie d’hôtels. C’était auprès d’un photographe spécialisé en hôtellerie. Fort de 25 années d’expérience, il a su me donner de précieux conseils. Ceux-ci pouvaient aller de l’utilisation complexe des flashs en photographie d’intérieur au simple « vérifie systématiquement la qualité de ta photo juste après l’avoir prise ! ». Même si cela semble évident, à qui n’est-il jamais arrivé de se rendre compte d’une erreur de prise de vue après avoir déchargé les images sur son ordinateur ?

Alors, même si les écrans de nos boîtiers sont très pratiques, quoi de mieux que d’avoir directement l’image sur grand écran pour l’analyser, que ce soit sur un ordinateur portable ou une tablette ? C’est pour ces raisons que j’ai opté pour l’iPad.

Deuxième avantage : grâce à un écran déporté, vous n’êtes plus obligé de rester derrière votre appareil photo lors de la prise de vue. Plus besoin de s’habiller en noir pour éviter les reflets, ou de se retrouver dans des positions inconfortables pour vérifier votre cadrage quand le boîtier est placé contre un mur ou du mobilier !

Mon 5D Mark IV possède le wifi avec une application téléchargeable pour contrôler et visualiser l’appareil photo à distance. Mais j’ai une préférence pour l’interface, les possibilités de réglages et la rapidité du boîtier de contrôle Camranger. Connecté à ma tablette, il me permet de faire la mise au point, de modifier et visualiser les paramètres, de revenir à tout moment sur les images réalisées et d’avoir un confort visuel pour des photos irréprochables ! Certains photographes utilisent Capture One, à vous de voir ce que vous préférez, il existe toute une variété de solutions.

Accessoire

Le filtre polarisant :
Très utilisé en photographie de paysage, il permet des couleurs plus intenses, notamment pour le ciel et les plans d’eau. En photographie d’architecture, il est utile pour éliminer les reflets, que ce soit sur le verre ou les surfaces plus ou moins réfléchissantes (tables, façades de cuisine, écrans, parquets…)

Lumières

NATURELLES OU ARTIFICIELLES ?

Aujourd’hui, je travaille principalement en lumière naturelle, excepté dans quelques cas où j’ajoute quelques lumières artificielles quand cela est vraiment nécessaire, notamment en hôtellerie.

Grâce aux multiples formations que j’ai suivies auprès de plusieurs photographes aux méthodes bien différentes,

mon propre avis ainsi que ma méthodologie ont pu se façonner petit à petit.

Certains puristes travaillent tout en flash et n ‘ont donc presque pas de besoin en logiciel de retouche. L’investissement est de taille… Le coffre de la voiture se retrouve chargé de lumières et de flashs sur secteur ou à batterie, et le temps d’installation est considérable. Une prise de vue peut durer plus d’une heure… mais avec un temps quasi nul passé en postproduction.

D’autres photographes professionnels n’utilisent aucun éclairage supplémentaire, mais passent des heures devant leurs écrans. Certains encore sont passés de l’un à l’autre, car bien plus pratique et plus simple.

Ici encore, c’est à vous de trouver la solution adaptée à votre méthode de travail. Formez-vous auprès de différents photographes puis louez du matériel et faites des tests !

L’ordinateur et l’écran

MAC OU PC ?

Commençons par la question que tout le monde se pose au moins une fois : Mac ou PC ?

Après avoir rencontré un testeur en produits informatiques, j’ai pu comprendre que Windows était plus adapté à l’usage de Photoshop grâce à sa rapidité. Même si la différence reste légère, la rapidité d’exécution des tâches reste primordiale pour un photographe.

BUREAU OU PORTABLE ?

Cette décision dépendra surtout de votre organisation. Comme je me déplace dans toute la France ainsi qu’à l’étranger, j’ai besoin de pouvoir retoucher et trier mes photos partout où je vais. Mon ordinateur portable m’accompagne sur la plupart de mes déplacements.

Quand je suis de retour à l’agence, je le connecte à un écran plus grand.

ÉCRAN MAT OU BRILLANT

Mon style photographique rime avec perfectionnisme ! C’est pourquoi, j’ai mis un certain temps à organiser mon espace de travail pour des retouches optimales. La finition de l’écran en fait partie. Si les produits Apple ont beaucoup d’avantages et subliment nos images, la brillance peut parfois se révéler perturbante.

Je préfère avoir du matériel de qualité évitant une perte de temps dues aux bugs ou de me retrouver avec des dépenses inutiles pour remplacer des produits usés.

Je me suis donc tourné vers la gamme pro d’ordinateurs XPS de DELL et un écran EIZO. Un combo qui me convient parfaitement ! Un ordinateur puissant, associé à un écran professionnel à la calibration intégrée et automatique.

Calibrer son écran avec une sonde est essentiel !

La photographie d’architecture intérieure, et parfois extérieure, laisse très peu de place à la subjectivité sur la température et les couleurs de l’image. La plupart du temps, nous devons rendre des images qui montrent de façon fidèle le travail réalisé par nos clients. Comme indiqué plus haut, j’ai préféré opter pour un écran avec sonde intégrée, plus pratique et moins encombrant. Vous pouvez également opter pour la sonde X-rite iDisplay Pro, un bon rapport qualité-prix. Celle-ci viendra étalonner votre écran en fonction de la lumière ambiante. Ainsi, vous pourrez réaliser vos retouches photo en toute confiance.

Le lieu de retouche a aussi son importance. J’ai longtemps recherché un espace de postproduction adapté… Une lumière trop intense donne un traitement d’image surexposé et à l’inverse, travailler dans la pénombre donne des images à tendance sombre. Quand je travaillais chez moi, il m’arrivait de refaire un point sur mes traitements le soir puis la journée pour être sûr d’avoir le bon résultat.

J’ai finalement opté pour un bureau adapté à mon travail, un espace avec très peu d’ouverture vers l’extérieur et une lumière artificielle constante.

Les logiciels

UNE RETOUCHE EN 2 ÉTAPES

Développer ses fichiers :

Un premier logiciel permet de dérawtiser nos images, c’est-à-dire, transformer les fichiers RAW en TIFF. Le format RAW est un fichier brut rempli d’informations. C’est lors de son développement que vous allez prendre une direction artistique ou faire un choix de traitement. Il permet de récupérer les informations utiles et d’en ajouter pour obtenir une bonne base. Les logiciels les plus connus sont Camera RAW, Capture One et Lightroom. Pour ma part, j’utilise le premier. Faites votre choix et évitez d’en changer, car avec le temps passé en apprentissage, ce serait dommage de tout recommencer !

Retoucher ses fichiers:

Vient ensuite un logiciel de retouches plus précises, qui permet d’aller beaucoup plus loin: Photoshop.

Il me sert à réajuster les couleurs avec exactitude, retirer ou atténuer les reflets, déplacer des objets, supprimer des défauts, lisser le linge de lit quand cela est nécessaire… Là aussi vous avez le choix : Photoshop est complexe, mais ses possibilités sont infinies !

Les disques durs

ON SAUVEGARDE, ON SÉCURISE !

J’ai investi dans un ordinateur portable avec 32 Go de RAM et un disque dur SSD de 1 To, accompagné d’un serveur de stockage NAS et de deux disques durs de 16 To. Ainsi, je peux sauvegarder tous mes reportages photo en gardant un outil de travail léger et performant. Conserver les images de mes clients pendant plusieurs années fait partie de mes prestations.

Conclusion

Cette liste est personnelle et non exhaustive. Il y a des indispensables, avec lesquels vous pouvez vous en sortir dans de nombreuses situations. Au fur et à mesure que vous pratiquerez la photographie, certains besoins plus poussés apparaîtront.

Pouvoir répondre aux exigences de mes clients est essentiel. Et en tant que professionnel, le confort d’utilisation et la rapidité d’exécution font tout autant partie de mes critères d’achat.

L’œil et le regard du photographe ne font pas tout !

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